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    ERREUR DE DIAGNOSTIC ET DYSFONCTIONNEMENTS HOSPITALIERS

    Cambrai : Deux ans de prison demandés contre une pédiatre, après la mort d’une fillette de 3 ans

    JUSTICELe ministère public a demandé deux ans de prison contre une pédiatre de l’hôpital de Cambrai après le décès d’une fillette de 3 ans en 2016 

     G.D. avec AFP  Publié le 30/09/20 à 16h40 — Mis à jour le 30/09/20 à 16h40

    Elle était jugée pour homicide involontaire après la mort d’une fillette en 2016. Deux ans de prison avec sursis ont été demandés, mardi, contre une pédiatre de l’hôpital de Cambrai, dans le Nord. Faute individuelle pour l’accusation, « conditions défectueuses du centre hospitalier » selon la défense. Le tribunal correctionnel doit rendre son jugement le 15 décembre.

    Dans la soirée du 8 mars 2016, la mère de Maréva, âgée de 3 ans, est réveillée vers minuit par les cris de douleurs de sa fille, qu’elle trouve dans son lit en train de vomir en se donnant des coups dans le ventre.

    Morte d’un état de choc

    La fillette, à qui on avait diagnostiqué une rhino-pharyngite la veille, arrive en ambulance à l’hôpital de Cambrai à 1 h 30 pour des vomissements et douleurs abdominales. Vers 8 h 30, la pompe à perfusion sonne, l’infirmière trouve l’enfant en arrêt cardiaque. Elle meurt malgré une heure de réanimation.

    Selon les trois expertises médicales ordonnées, Maréva serait morte d’un état de choc, d’un mégacôlon toxique ou d’un volvulus du grêle. Des « hypothèses » condamnées à rester des hypothèses, souligne le président Louis-Benoît Bertemiez, la famille ayant à l’époque refusé l’autopsie.

    Contrairement au protocole, l’infirmière d’accueil et d’orientation ne prend pas les constantes à l’arrivée de l’enfant, prétextant que la petite fille avait peur. Maréva part donc en pédiatrie, sans voir de médecin urgentiste, et passera son premier examen vers 2 h 45.

    « Ici, il n’y a que des fainéants »

    Cette semaine-là, deux pédiatres se relayent pour les astreintes de nuit, à leur domicile, contre quatre théoriquement : un était parti sans être remplacé, l’autre en vacances.

    « Inquiète » de l’état « grave » de la petite fille, l’interne de médecine générale du service appelle la pédiatre sénior d’astreinte. Cette dernière lui demande, au vu du tableau clinique, de contacter le chirurgien d’astreinte.

    « Il me remet à ma place gentiment, me dit que pour mon avenir, je dois apprendre une certaine façon de faire, la pédiatre ne s’étant pas déplacée, il ne voit pas pourquoi je l’appelle, relate l’interne, seule citée comme témoin et aujourd’hui devenue généraliste. Je voulais la transférer à Valenciennes, puisque ici, il n’y a que des fainéants, des gens payés à rester chez eux tranquillou, pensant que c’était ça une garde ».

    « Pour moi, elle n’allait pas mourir »

    Elle rappelle la pédiatre, qui arrive vers 3 h 45, ausculte l’enfant et appelle le radiologue d’astreinte – qui ne se déplace pas, non plus. A défaut de scanner, des radios du thorax et de l’abdomen sont réalisées. La pédiatre repart chez elle vers 4 h 30, reçoit les résultats des examens et donne comme directive de poursuivre la surveillance.

    « Pour moi, elle n’allait pas mourir. Elle est en soins continus, avec un scop », explique à la barre la prévenue, qui s’est effondrée en larmes, répétant aux parents, déjà séparés à l’époque, « être vraiment désolée et regretter ».

    Mais pour le ministère public, la docteure a « involontairement causé la mort en ne prenant pas les mesures qui auraient pu éviter le décès alors qu’elle en avait les moyens ». « Ce n’est pas l’inaction des autres protagonistes qui a conduit au décès de Maréva. C’est l’inaction du docteur », estime la procureure Ambre Janssens, qui a demandé deux ans de prison avec sursis.

    Condamné par le tribunal administratif

    Si l’avocate de la pédiatre, Me Brigitte Karila, reconnaît « l’erreur de diagnostic », « une erreur de diagnostic à elle seule ne signifie pas faute pénale » selon elle. Elle a insisté sur l’absence de « culture médicale commune » et les « conditions défectueuses » au sein de l’hôpital. « Le fait qu’il n’y ait pas eu de travail d’équipe a été lourd de conséquence », a-t-elle estimé, plaidant la relaxe.

    Saisi par la famille, le tribunal administratif de Lille a condamné en 2019 le centre hospitalier à des dommages et intérêts. Depuis ce drame, les spécialistes effectuent leur astreinte à l’hôpital.

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